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Article · 16 octobre 2026

Dation en paiement immobilière : fondement civil, fiscalité de l'acte et distinction avec la dation de l'article 1716 bis

En bref : la dation en paiement permet au débiteur d'éteindre sa dette en remettant au créancier autre chose que ce qui était dû, tel un immeuble, à condition que le créancier l'accepte (article 1342-4 du code civil). Pour l'administration fiscale, elle est translative et assimilée à une vente : droits de mutation à titre onéreux et plus-value du débiteur.

Les éléments ci-dessous ont été vérifiés le 16 octobre 2026 sur Légifrance (article 1342-4 du code civil) et dans le BOFiP : BOI-ENR-DMTOI-10-10-30-50 (dation et droits d'enregistrement), BOI-RFPI-PVI-10-30 et BOI-RFPI-PVI-20-10-10 (plus-values immobilières), BOI-TVA-IMM-10-20-10 (TVA immobilière) et BOI-SJ-AGR-50-20 (dation de l'article 1716 bis du CGI). Ils ne remplacent pas l'analyse du notaire sur chaque dossier.

Le fondement : l'article 1342-4 du code civil

Depuis l'ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016, en vigueur le 1er octobre 2016, l'article 1342-4 du code civil énonce en son second alinéa que le créancier « peut accepter de recevoir en paiement autre chose que ce qui lui est dû ». Le texte consacre une pratique ancienne : la dation n'est jamais imposée au créancier, elle repose sur son accord.

L'effet recherché est extinctif : la remise du bien éteint la dette, en tout ou en partie selon ce que prévoit l'acte. Le BOFiP la définit comme « la remise au créancier d'une chose autre que celle qui est l'objet de l'obligation » (BOI-ENR-DMTOI-10-10-30-50, paragraphe 40, qui vise encore l'ancien article 1243).

La forme : acte authentique et publicité foncière

Lorsque le bien remis est un immeuble, la dation opère un transfert de propriété. L'acte est reçu par le notaire en la forme authentique, puis publié au service de la publicité foncière pour être opposable aux tiers, comme toute mutation immobilière.

L'acte constate trois éléments : la dette d'origine (titre, montant en principal, intérêts et frais), l'accord exprès du créancier pour recevoir l'immeuble à la place de la somme due, et l'étendue de l'extinction. Si la valeur de l'immeuble diffère du montant de la dette, l'acte précise qui règle la différence et comment.

La fiscalité : droits de mutation, plus-value et TVA

Selon le BOFiP (BOI-ENR-DMTOI-10-10-30-50, paragraphe 50), la convention par laquelle un créancier accepte un immeuble en paiement d'une dette a un caractère translatif : elle est assimilée à une vente et soumise à l'impôt de mutation applicable aux ventes d'immeubles. Le paragraphe 60 précise que si, dans un même acte, l'acquéreur règle le prix d'un immeuble en cédant un autre immeuble, l'opération constitue un échange ; en actes distincts, chaque opération est taxée séparément.

Pour le débiteur personne physique, la remise de l'immeuble est une cession à titre onéreux relevant du régime des plus-values immobilières des particuliers (article 150 U du CGI). Le prix de cession à retenir est le prix réel stipulé dans l'acte (article 150 VA, BOI-RFPI-PVI-20-10-10, paragraphe 10), en pratique la valeur attribuée à l'immeuble pour éteindre la dette. Les exonérations habituelles (résidence principale, durée de détention) restent à examiner.

Si le débiteur est un assujetti qui cède un immeuble entrant dans le champ de la TVA immobilière, la dation suit les règles applicables aux livraisons d'immeubles. Le BOFiP (BOI-TVA-IMM-10-20-10) consacre une partie à la dation en paiement, notamment pour le terrain payé en locaux à construire, dont la base est la valeur vénale des locaux remis.

Entre époux, prestation compensatoire et soulte

Le BOFiP (BOI-RFPI-PVI-10-30, paragraphe 20) qualifie de cession à titre onéreux l'attribution d'un bien propre de l'ex-époux débiteur en paiement d'une prestation compensatoire en capital, dès lors qu'elle transfère la propriété et libère le débiteur de sa dette. La plus-value éventuelle est donc à calculer au nom de l'époux qui remet le bien.

Pour les partages, le même document (paragraphe 50) indique qu'ils constituent des cessions à titre onéreux à hauteur des droits des copartageants, la plus-value imposable supposant le versement d'une soulte. Lorsque la soulte elle-même est réglée par la remise d'un autre immeuble, l'étude qualifie précisément l'opération avant de liquider les droits.

À ne pas confondre : la dation de l'article 1716 bis du CGI

La dation fiscale est un mécanisme distinct : elle permet de payer des droits de mutation à titre gratuit, le droit de partage ou l'impôt sur la fortune immobilière par la remise à l'État de certains biens, sur agrément. Selon le BOFiP (BOI-SJ-AGR-50-20), les droits proposés en paiement doivent atteindre au moins 10 000 euros par imposition.

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Questions fréquentes

Quel article du code civil encadre la dation en paiement ?

L'article 1342-4, alinéa 2, issu de l'ordonnance du 10 février 2016 : le créancier peut accepter de recevoir en paiement autre chose que ce qui lui est dû. Sans son accord, la dation est impossible.

Une dation en paiement immobilière supporte-t-elle des droits de mutation ?

Oui. Le BOFiP (BOI-ENR-DMTOI-10-10-30-50) l'assimile à une vente en raison de son caractère translatif : elle est soumise à l'impôt de mutation applicable aux ventes d'immeubles.

Le débiteur doit-il déclarer une plus-value immobilière ?

En principe oui s'il est un particulier : la remise de l'immeuble est une cession à titre onéreux (article 150 U du CGI), le prix retenu étant celui stipulé dans l'acte. Les exonérations de droit commun s'appliquent si leurs conditions sont réunies.

Est-il possible de payer des droits de succession avec un immeuble ?

Seulement dans le cadre de l'article 1716 bis du CGI, sur agrément, pour des immeubles situés dans les zones du Conservatoire du littoral ou des bois et forêts, et si les droits concernés atteignent au moins 10 000 euros.

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