Article · 15 octobre 2026
Donation avec réserve d'usufruit d'un bien immobilier : préparer l'acte et chiffrer la nue-propriété à l'étude
En bref : dans une donation avec réserve d'usufruit, le parent donne la nue-propriété d'un immeuble et en garde l'usage et les revenus. Les droits se calculent sur la seule nue-propriété, évaluée selon l'âge du donateur (article 669 du CGI), après l'abattement de 100 000 euros par enfant. À son décès, l'usufruit s'éteint sans impôt (article 1133).
Les éléments ci-dessous ont été vérifiés le 15 octobre 2026 à partir des articles 1133 du CGI, 900-1 et 951 du code civil sur Légifrance, de la fiche de service-public.gouv.fr sur les droits de donation (vérifiée le 13 mai 2026) et des commentaires du BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-40-10-50 (barème et réversion d'usufruit), BOI-ENR-DMTG-10-10-40-10 (article 751) et BOI-ENR-DMTG-20-30-20-50 (article 790). Ils ne remplacent pas l'analyse du notaire sur chaque dossier.
Le mécanisme : donner les murs, garder la jouissance
Le donateur transmet la nue-propriété du bien à ses enfants et se réserve l'usufruit : il continue d'habiter le logement ou d'en percevoir les loyers jusqu'à son décès. Les enfants deviennent propriétaires dès l'acte, mais ne disposent de la pleine propriété qu'à l'extinction de l'usufruit.
L'acte est authentique et publié au service de la publicité foncière. Pour le dossier, l'étude réunit le titre de propriété, une estimation argumentée de la valeur vénale, l'état civil et l'âge exact du donateur, la liste des donations antérieures et les diagnostics utiles.
Le barème de l'article 669 : la nue-propriété selon l'âge de l'usufruitier
Pour les droits d'enregistrement, la nue-propriété vaut une quotité de la pleine propriété fixée par l'article 669 I du CGI, selon l'âge de l'usufruitier au jour de la transmission (BOI-ENR-DMTG-10-40-10-50).
- Moins de 51 ans révolus : usufruit 60 %, nue-propriété 40 %.
- Moins de 61 ans révolus : usufruit 50 %, nue-propriété 50 %.
- Moins de 71 ans révolus : usufruit 40 %, nue-propriété 60 %.
- Moins de 81 ans révolus : usufruit 30 %, nue-propriété 70 %.
- Moins de 91 ans révolus : usufruit 20 %, nue-propriété 80 %.
Exemple reconstitué : le chiffrage pour une donatrice fictive
Cas fictif, présenté à titre d'illustration : Mme L., 67 ans, donne à ses deux enfants la nue-propriété d'un appartement qui lui est propre, estimé 400 000 euros, sans donation antérieure depuis quinze ans. Elle se réserve l'usufruit, avec réversion au profit de son époux.
Le calcul applique l'abattement de 100 000 euros par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans, puis le barème en ligne directe publié par service-public.gouv.fr (5 % jusqu'à 8 072 euros, 10 %, 15 %, puis 20 % de 15 933 à 552 324 euros).
- Nue-propriété à 67 ans (moins de 71 ans révolus) : 60 % de 400 000, soit 240 000 euros.
- Part de chaque enfant : 120 000 euros, moins l'abattement de 100 000, soit 20 000 euros taxables.
- Droits par enfant : 403,60 + 403,70 + 573,45 + 813,60, soit 2 194 euros environ ; 4 388 euros pour les deux.
- Comparaison en pleine propriété : 200 000 euros par enfant, 100 000 taxables, environ 18 194 euros de droits chacun.
- Réduction liée à l'âge : aucune. Selon le BOFiP, l'article 790 ne vise plus que certaines donations en pleine propriété de titres ou biens professionnels (articles 787 B et 787 C) par un donateur de moins de 70 ans, et exclut la nue-propriété.
Au décès du donateur : article 1133 et présomption de l'article 751
L'article 1133 du CGI prévoit que la réunion de l'usufruit à la nue-propriété ne donne ouverture à aucun impôt lorsqu'elle a lieu par le décès de l'usufruitier. Les enfants recouvrent la pleine propriété sans droits de succession sur ce bien, quelle que soit sa valeur à ce moment.
L'article 751 répute pourtant, jusqu'à preuve contraire, faire partie de la succession de l'usufruitier le bien dont la nue-propriété appartient à un héritier présomptif. Selon le BOFiP, la présomption est écartée lorsque la nue-propriété a fait l'objet d'une donation régulière plus de trois mois avant le décès. Une donation plus récente reste défendable, la preuve de sa sincérité incombant au contribuable.
Charges, clauses usuelles et conjoint survivant
Les charges se répartissent selon le code civil : l'usufruitier assume l'entretien (article 605), le nu-propriétaire les grosses réparations, limitées par l'article 606 aux gros murs, voûtes, poutres et couvertures entières, sauf défaut d'entretien depuis l'ouverture de l'usufruit. L'acte peut aménager cette répartition.
La réversion d'usufruit au conjoint relève des droits de succession au décès du donateur (article 796-0 quater, BOI-ENR-DMTG-10-40-10-50), et le conjoint survivant en est exonéré par l'article 796-0 bis. L'usufruit s'éteint ensuite à son propre décès.
- Droit de retour conventionnel (article 951) : le bien revient au donateur si le donataire, ou le donataire et ses descendants, décèdent avant lui.
- Interdiction d'aliéner et d'hypothéquer : valable si elle est temporaire et justifiée par un intérêt sérieux et légitime (article 900-1), ici la préservation de l'usufruit.
- Frais d'acte : émoluments du tarif réglementé des notaires, taxe de publicité foncière et débours, chiffrés dossier par dossier.
Ce qu'un agent IA prépare pour la donation de nue-propriété
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Il vérifie les donations des quinze dernières années pour l'abattement disponible, signale une réversion au conjoint, un donateur âgé ou fragile au regard de l'article 751, et propose une trame d'acte intégrant les clauses retenues.
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Questions fréquentes
Comment est taxée une donation avec réserve d'usufruit ?
Les droits portent sur la seule nue-propriété, évaluée selon l'âge du donateur par le barème de l'article 669 du CGI, après l'abattement de 100 000 euros par parent et par enfant. À 67 ans, la nue-propriété représente 60 % de la valeur du bien.
Que se passe-t-il au décès du donateur ?
L'usufruit s'éteint et les enfants deviennent pleins propriétaires sans droits de succession sur le bien (article 1133 du CGI). La présomption de l'article 751 est écartée si la donation régulière date de plus de trois mois avant le décès.
Le conjoint survivant peut-il conserver l'usufruit ?
Oui, si l'acte prévoit une réversion d'usufruit à son profit. Elle relève des droits de succession, dont le conjoint survivant est exonéré (articles 796-0 quater et 796-0 bis du CGI).
Quels sont les frais de notaire d'une donation avec réserve d'usufruit ?
Ils comprennent les droits de donation, les émoluments fixés par le tarif réglementé des notaires, la taxe de publicité foncière et les débours. Le montant dépend de la valeur du bien et de la situation familiale : l'étude le chiffre dans un projet avant signature.
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